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i le mal-être des soignants, notamment au sein des hôpitaux, est un sujet qui ne date pas d'hier, il a été particulièrement mis en lumière depuis le début de la crise sanitaire. Près de 7 soignants sur 10 sont actuellement en situation d'épuisement professionnel et l'absentéisme dans les hôpitaux se situe aujourd'hui entre 10 et 15%. Le phénomène touche tous les établissements. Déjà affectés par le manque de personnel ces dernières années, la situation s'est accentué avec la pandémie est devenue particulièrement préoccupante, d'autant plus à l'approche de la saison hivernal.

Un volume horaire hebdomadaire intenable

L’ampleur de la charge de travail que connaissent les soignants est un des facteur essentiel de cette situation explosive. Les soignants font majoritairement ressortir leur charge de travail, la pression exercée, la lourdeur des documents médicaux et administratifs à renseigner pour assurer le suivi médical des patients, le manque d’autonomie et de prise de décision qui leur sont accordées, les exigences croissantes des patients, un manque d’équipement et de ressources, des processus inefficaces et un manque généralisé d’humanité ou d’émotion au profit de protocoles uniformisés.

Le modèle de rémunération des établissements de santé a aussi été incriminé parmi les différents facteurs de dysfonctionnement du système.

Impact du Covid sur les infirmier.ère.s en soins intensifs

Les résultats d'une recherche autour de la prévalence des risques de burn-out montrent que dans les services d’urgence, le risque de burn-out était plus élevé que dans les soins intensifs mais la pandémie ne l’a pas augmenté de manière significative (69.8% à 70.7%). Cependant les infirmier.ère.s de soins intensifs ont vu leur risque de burn-out considérablement augmenté par la première vague (51.2% à 66.7%).

Besoin urgent d’un plan pénurie infirmier.ère.s

Les chercheurs stipulent que “le burnout chez les infirmières a des conséquences multiples. Tout d’abord, il a des conséquences négatives sur leurs pratiques professionnelles, avec un impact délétère sur la qualité des soins fournis aux patients et donc sur leur sécurité, leur santé et leur rétablissement. Deuxièmement, elle a des conséquences pour les infirmières elles-mêmes, avec un risque important de développer des problèmes de santé physique et mentale tels que la fatigue, l’anxiété, des troubles du sommeil, de santé mentale, des maladies cardiaques et des syndromes métaboliques. Troisièmement, elle a un impact négatif sur les systèmes de soins de santé, avec une diminution de la performance au travail de santé, une augmentation de l’absentéisme au travail et un phénomène de rotation du personnel ainsi qu’une augmentation des dépenses liées au recrutement et aux ressources humaines.”

Arnaud Bruyneel alarme depuis plusieurs années de “l’urgence à considérer la pénurie d’infirmier.ère.s comme un problème de santé public et d’y répondre à travers un plan de pénurie infirmier.ère.s interfédéral”. Il précise que “de nombreuses études montrent que l’investissement qui n’est pas fait dans l’amélioration des conditions de travail engendre une augmentation des coûts dû à une augmentation des complications et de la mortalité des patient.e.s.”

Des propositions pour prévenir le burn-out des soignants

Sur base d'une étude menée par l’HIMSS (Healthcare Information and Management Systems Society) qui s’est intéressée au syndrome d’épuisement professionnel chez les soignants de 10 pays. Les professionnels de santé interrogés ont formulé leurs recommandations pour prévenir la survenue du burn-out.

Revoir le management

Les soignants encouragent un style d’encadrement plus collaboratif pour rendre la pratique professionnelle plus concrète en s’appuyant sur la vision de chacun.

La notion d’équipe apparaît comme étant la première des préoccupations des soignants. « La stabilité de l’équipe est essentielle », précise un médecin anesthésiste français participant à l’étude.

Prendre soin de soi

La vie personnelle des soignants est en effet au coeur des solutions proposées pour « prévenir l'accumulation des facteurs induisant l'épuisement professionnel. » Médecins et infirmiers suggèrent de se concentrer sur l’adoption d’un mode de vie sain et d’adopter de bonnes habitudes de sommeil et une alimentation équilibrée.

Des conseils d’autant plus importants pour ceux qui travaillent souvent de nuit. Chez Noös nous souhaitons inciter les établissements à mettre à disposition des espaces de repos appropriés et à fournir des repas sains et équilibrés pour les équipes de nuit.

Donner du sens à son travail

Les professionnels interrogés ont également exprimé « un fort besoin de soutien. » Ils encouragent l’analyse de pratique et les partages d’expériences pour « promouvoir une culture d’ouverture, d’inclusion, d’empathie, de confiance et de soutien. »

Autre levier d’action : la charge administrative. A ce sujet, les soignants interrogés expriment une perte de sens de leur travail et un déséquilibre du temps qu’ils y consacrent, au détriment du temps passé au chevet du patient. Une solution serait d’investir dans « des outils numériques pour rationaliser les tâches administratives », explique un médecin interrogé.

Enfin, les participants de l’étude appellent à une meilleure reconnaissance des soignants, salariale notamment. « Il y aurait plus d’infirmières à rester en poste si les salaires étaient plus élevés, d’après une infirmière interrogée. Elle explique qu’une meilleure rémunération signifie aussi : « nous nous rendons compte du travail que vous fournissez. »

Photo d'illustration libre de droits par
Mulyadi
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Article posté le
October 11, 2021
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